Les Aventures d’Aviclou

Publié dans Voyage en Noëlie n° 8 — décembre 2017

Dans un village loin d’ici, sur une colline au bord d’un lac, il y a un château qui ressemble à une église avec ses deux tours. Un roi et une reine habite le château. Dans le village habite un paysan étranger. Il ne parle à personne parce qu’il ne comprend pas ce qu’on lui dit. Comme il ne répond pas quand le roi lui parle, il doit trouver tout seul à manger et il n’a pas d’arme. Quand le roi est en colère, il crie très fort et parle très vite. Alors le paysan comprend encore moins bien. Le roi a donné une règle : chaque fois que cet homme n’obéit pas, il est jeté dans un cachot qui sent le chat pourri. À force d’entendre toujours les mêmes mots dans le bouche du roi, le paysan a fini par comprendre ce qu’il voulait et l’a fait. Comme récompense, il a eu à manger et un peu d’argent pour s’acheter de nouveaux habits.

Il y a une chose que ni le roi ni les villageois ne savaient : le paysan connaissait une mine d’or qu’un tigre lui avait montré. Un jour il l’avait découvert la patte prise dans un piège et il l’avait délivré. En reconnaissance, le tigre qui savait qu’il n’avait presque rien à manger, lui avait montré la mine et indiqué quelques plantes qui pourraient le nourrir. Quand il eut la permission d’aller à la ville pour s’acheter des habits, le paysan en profita pour emporter sa poudre d’or. Il la vendit et acheta ce dont il avait besoin pour réparer la forge du village dont personne ne savait se servir depuis la mort du forgeron.

Sur le chemin qui va à la ville, à mi-pente d’une petite montagne, se trouve une maison très sombre. Elle est du côté sauvage du lac, là où, au fond, vivent des animaux que l’on ne connaît pas et qui ne se montrent jamais. Un éléphant en est un peu le roi. Son grand nez sert à renifler et ses deux longues trompes l’aident à se déplacer dans l’eau et à se défendre.

La maison très sombre appartient à l’ogre Aviclou qui a des cheveux verts, un gros pull rouge et une chemise à carreaux rouge et bleu. Une barbe jaune occupe le bas de son visage. Il voyage dans un carrosse garni de coussins rouges et bleus. Il dort dans un lit où il y a plein de coussins, de chocolats et plusieurs doudous. Quand la couette a trop de taches à cause du chocolat et que les doudous sont tout collants parce qu’il a mis ses doigts sales dessus, il les change. La couette va dans la machine à laver et comme la machine est pleine, il met les doudous au lave-vaisselle.

Ce jour-là, il jeta aussi la lampe de chevet à la poubelle. Elle n’éclairait plus parce qu’il y avait des papiers de chocolat collés partout. Ensuite, il décida de prendre son petit déjeuner et remplit son bol de lait. Il le remplit trop, le lait déborda, coula par terre. L’ogre n’avait plus d’eau au robinet parce qu’il ne l’avait pas réparé et comme il n’avait pas envie de sortir en chercher au lac, il prit l’eau minérale pour nettoyer par terre. Finalement, ce n’était pas très propre. Alors, il décida de laver toute la maison avec l’eau de la rivière. Il la détourna avec des rochers, y amena l’eau par devant et la fit sortir par derrière où se forma un autre lac.

Pendant qu’il lavait la maison, des souris sont venus manger le chocolat resté sur son haut de pyjama. Aviclou vit qu’il était plein de trous et oublia qu’il y avait emballé le reste de ses friandises. Il mit tout ça dans la poubelle qu’il laissa au bord de la fenêtre de sa chambre, puis il attella son carrosse et partit en ville refaire ses provisions. Le carrosse était lourd, il fit trembler la maison. La poubelle dégringola dans le lac.

Bien calé au fond de l’eau, Bloubloup, l’éléphant aux deux trompes faisait la sieste. Il reçut la poubelle sur la tête, s’évanouit et se fit une grosse bosse sur le front en tombant sur un rocher. Comme il avait gardé la bouche ouverte, il manqua de se noyer en avalant trop d’eau. Heureusement, des algues soignantes s’occupèrent de lui tout de suite. Certaines s’enroulèrent autour de sa tête et de son front pour faire un pansement. Une autre chatouilla une de ses trompes et un poisson caressa l’autre en la frôlant. Atchooum ! Atchooooum ! Bloubloup se réveilla. Encore un grand moment pour comprendre ce qui s’est passé. Et d’abord ce gros objet rond et allongé, qu’est-ce que c’est ? Ensuite qu’est-ce qu’il fait là ? Tiens ! De drôles de morceaux bruns inconnus ! « Oh ! Il y en a un qui est rentré dans ma bouche !… Ça a un drôle de goût. Hm ! C’est bon, finalement ! » Avant de manger les autres morceaux, il renvoie la poubelle avec force sur la rive du lac.

L‘ogre qui est de retour, vide les provisions du coffre du carrosse. La poubelle atterrit sur sa tête. Il tombe à la renverse, assommé. La poubelle n’a fait que rebondir sur son crâne très dur. Elle retourne vers le lac et atterrit sur un poisson-ballon qui explose. L’explosion provoque plein de gouttes en l’air et une grosse vague qui emporte Bloubloup sur la terre ferme qui tremble lorsqu’il tombe. Tout cela dérange Éclair, le tigre, qui pêchait du poisson pour son repas. La terre en tremblant secoue sa ligne, le poisson se décroche et retourne vers l’eau d’un bond. Éclair voit partir le début de son repas et sait qu’il ne pêchera plus rien pour le moment.

L‘éléphant en se relevant prend le temps de frotter ses trompes qui lui font mal, puis voit le tigre furieux qui charge vers lui. Il plonge dans l’eau avec une telle précipitation qu’il y a un nouveau geyser qui envoie plusieurs animaux sauvages du fond de l’eau jusqu’au village. Le paysan les ramasse, les porte au roi qui est tellement content qu’il le nomme soldat-chasseur chargé de lui rapporter du gibier.

Le paysan, tout heureux, part aussitôt chercher d’autres gibiers. Mais il ne trouva rien ce jour-là parce que le tigre ne pouvait pas l’aider et parce que les poissons s’étaient cachés tout au fond du lac quand ils avaient appris qu’il était devenu le soldat-chasseur du roi.

Pendant ce temps, le tigre qui n’avait rien à manger trouva la poubelle qui avait atterri sur la rive en même temps que Bloupbloup. Il y trouva les doudous très sales et tout usés et les dévora. « Glups ! C’est horriblement mauvais ! »

Au même moment, Aviclou se réveille et voit qu’une tuile du toit est tombée sur une roue du carrosse et l’a cassée. Le carrosse en se renversant a glissé jusqu’au lac. L’ogre va le chercher, essaye de refaire la roue mais elle n’avance pas bien. Alors il envoie le tigre pour qu’il aille en cinq minutes au village et ramène le paysan qui fabrique des roues dans sa forge avec le bois qu’il rapporte de la forêt. En effet celui-ci, quand il va à la chasse, coupe du bois soit pour vendre des bûches pour les cheminées, soit pour fabriquer des roues pour certains carrosses et plus particulièrement, pour un qu’il connaît bien. Aviclou n’est pas très soigneux et casse souvent l’une ou l’autre de ses roues. Le paysan a l’habitude des roues de ce carrosses car l’ogre est son meilleur client.



Aviclou voit qu’une tuile du toit est tombée sur une roue du carrosse et l’a cassée. Le carrosse en se renversant a glissé jusqu’au lac. – Le tigre part chercher au village le paysan qui pourra réparer la roue.

Éclair le ramena chez Aviclou. Là, le paysan lui dit que ça ne servait à rien de réparer la roue s’il ne réparait pas d’abord son toit et qu’il ferait mieux aussi de réparer son robinet au lieu d’embêter tous les animaux du lac chaque fois qu’il veut faire son ménage en détournant la rivière. Si l’ogre veut vraiment que ça maison soit à nouveau belle, il va avoir besoin de sa poubelle. Il appelle donc Bloupbloup pour qu’il rapporte la poubelle qui était restée sous l’eau. Après avoir débarrassé sa maison de tout ce qui était sale, cassé ou abîmé, Aviclou racheta ce qu’il fallait pour réparer sa maison. Éclair et Bloubloup l’aidèrent comme ils pouvaient pendant que le paysan réparait le toit et tout ce qui était en hauteur et remplaçait les tuiles abîmées.

La poubelle fut rapportée sur la rive. Éclair et Bloupbloup aidèrent
Aviclou à vider la maison de tout ce qui était sale, cassé ou abimé pendant que le
paysan réparait le toit de la maison.

Depuis, quand le paysan va à la chasse ou quand il retourne au village avec ce qu’il a pris, il fait un coucou à l’ogre qui lui répond depuis le seuil de sa maison à nouveau toute neuve. Comme la maison était grande, trop grande pour Aviclou tout seul, Il proposa à Éclair et à Bloupbloup de venir la partager avec lui. Le tigre aime être dehors et Bloubloup a besoin de sentir l’eau autour de lui. Une ou deux fois par semaine, ils viennent passer la soirée avec lui et restent pour dormir, chacun dans la chambre qui est la leur maintenant. Le carrosse ne sert plus beaucoup pour faire les provisions car Éclair et Bloubloup apportent régulièrement de quoi manger. Bloupbloup prend sous l’eau les poissons qu’il n’aime pas et les donne à Aviclou. Leur vie ensemble est si paisible que le paysan se dit qu’il va venir habiter dans l’ancienne maison sombre qui est devenue claire et gaie.

Ceci était l’histoire de l’ogre, de l’éléphant, du tigre et du paysan que Léo, Barnabé, et un peu Sidonie, ont raconté pour le Voyage en Noëlie.