Le Crocodile qui mangeait des oeufs

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Publié dans Le Voyage en Noëlie n°4 – 2012

Il était une fois un crocodile et un zèbre. C’était en Alsace, dans la montagne. Le crocodile était vert avec des taches blanches parce qu’il s’était mis de la boue partout, mais aussi parce que quelqu’un lui avait mis de la peinture blanche. Il habitait dans une grotte et cherchait des œufs pour les manger, des œufs de poule. Les poules se trouvent dans les fermes et il marchait très longtemps pour en trouver. Un jour, il partit ainsi, marcha très longtemps et arriva à une ferme.

Le zèbre habitait dans les arbres. Il avait des taches vertes et rouges pour passer inaperçu dans la forêt en automne. Il cherchait des vers de terre pour ses petits. Il creusa la terre et trouva des cailloux parce qu’en automne les vers de terre se cachent très profond pour se protéger du froid. « Zut alors ! », s’énerva le zèbre, « Quelle idée ont eu mes parents de venir en Alsace ! J’étais si bien dans ma savane quand j’étais bébé. Et voilà que maintenant, je suis obligé de me fatiguer à trouver des vers de terre. » Il s’énervait de plus en plus.

Le crocodile revenait de la ferme sans nourriture : il avait demandé des oeufs au fermier qu’il avait rencontré et ce dernier lui avait répondu qu’il n’y en avait plus. Il passait par où était le zèbre et il l’entendit. Cela lui donna une idée pour le repas qu’il n’avait pas encore eu. Il prit sa voix la plus douce et dit « Bonjour Monsieur le zèbre, je vous ai entendu vous lamenter. Je peux vous aider à trouver ces vers de terre si vous le voulez. » « S’il vous plaît, je vous demande de m’aider. » « Penchez-vous complètement et creusez jusqu’à ce qu’on ne voit plus votre tête. Vous trouverez ce que vous cherchez. » Le zèbre se pencha et le crocodile se précipita pour le manger.

Le fermier avait suivi le crocodile parce qu’il savait que la bestiole voulait ses poules et non pas ses œufs. Il avait donc décidé de s’en débarrasser. Lorsqu’il entendit le crocodile et sa voix douce, il se dit qu’il était en train de jouer un tour à quelqu’un. Il s’approcha avec le râteau qu’il avait emporté et gratta le dos du crocodile. Le crocodile crut que des moustique le piquaient. Il passa sa patte dans le dos pour se gratter et s’accrocha le bout des griffes au râteau.

Le fermier s’adressa alors au zèbre. « Zèbre, sors la tête de là et viens m’aider à maîtriser le crocodile qui voulait te manger. Viens m’aider, et ensuite, avec mon râteau, je te sortirai tous les vers de terre que tu voudras ». « Grosse sale bête, tu m’as trompé, je vais me venger », hurla le zèbre qui coinça l’autre patte du crocodile entre ses sabots. Le crocodile fit « Ouille, tu me fais mal ! ». Pendant ce temps, le fermier ligota le crocodile, puis il demanda au zèbre de le surveiller pendant qu’il courait à la ferme.

Il revint avec plusieurs pots de peinture et des pinceaux. Il tendit l’un des pinceaux au zèbre et garda l’autre pour lui. Puis il s’adressa au crocodile : « La première fois que tu es venu à la ferme, tu as mangé une poule. Je t’avais mis de la peinture blanche pour te reconnaître. Quand tu es venu tout à l’heure, je t’ai reconnu et je t’ai chassé. » Fermier et zèbre le barbouillèrent de peinture. Quand ils eurent fini, le fermier reprit la parole : « Cette foi-ci, tu es multicolore pour toute la vie. Tout le monde saura le méchant que tu es. »

Le crocodile multicolore s’enfuit loin, loin, bien loin de là et personne n’entendit plus parler de lui.

Odilon et Odilette

Voyage en Noëlie n°5 – 2013

Vous connaissez l’histoire du crocodile qui aimait les œufs. Vous vous souvenez comme il était méchant et brutal. Mais il avait rencontré une crocodilette. Comme il l’aimait beaucoup, il est devenu plus gentil. Deux ans après leur mariage, ils eurent d’abord un garçon, puis après encore deux ans, une fille. Le garçon s’appelait Odilon et la fillette Odilette. Au moment où cette histoire commence, Odilon a six ans et Odilette quatre ans.

Un matin, au petit-déjeuner, Odilon raconta un rêve qu’il avait fait. Dans ce rêve, il avait vu des objets de forme ovale et de couleur blanche ou beige. Il cassait ces objets et il voyait à l’intérieur quelque chose qu’il avait envie de manger.

« Mais ce sont des œufs ! », s’exclama le papa. Et, très en colère, il ajouta : « Ah non ! ça ne va pas recommencer ! » Il leur raconta l’histoire du crocodile qui aimait les œufs et leur montra les rayures de toutes les couleurs qu’il avait gardées de la punition.

Odilon contesta : « c’est mon rêve, je veux des œufs. 

– Non, tu ne feras pas pareil que moi », s’énerva son père.

– Moi aussi, je veux des œufs », cria Odilette qui voulait toujours tout faire comme son frère.

La maman  intervint : « Ah calmez-vous ! Allez-y en chercher si vous le voulez mais ne vous plaignez pas si vous vous êtes fait mal. 

Non,  il n’en est pas question, reprit Crocodile. Et je n’aime pas les enfants qui discutent. Odilon, va dans ta chambre et restes-y. Quant à toi, Odilette, n’écoute pas ton frère. Je t’interdis de l’imiter. »

Odilon monta dans sa chambre et s’y enferma.

Trois jours après, pendant que papa et maman chassait le mulot dans la forêt pour les repas de la journée, Odilon se dit : « Je vais laisser ma sœur toute seule et je vais partir manger des œufs. J’en ai marre de ces parents. Je vais aller à la ferme dont a parlé papa. Comme ça, je vais leur prouver que je peux réussir. Je montrerai à papa que je suis meilleur que lui. » Et il partit tout seul. Il marcha presque toute la journée. Il se perdit dans la forêt parce qu’elle était trop épaisse. Au soir, il s’assit au pied d’un arbre pour se reposer et s’endormit de fatigue. Au matin, un bruit le réveilla. C’était un zèbre à taches rouges et vertes qui cherchait des vers de terre pour son petit-déjeuner. Odilon prit peur devant cette bête inconnue et cria : « Je ne veux pas que vous me fassiez mal. Je cherche des œufs. J’ai envie de savoir le goût que ça a et je voudrais savoir où on les trouve. »

Le zèbre en entendant cela se rappela l’histoire qui s’était passée longtemps auparavant, le fait qu’il avait failli mourir et comment cela s’était terminé. « Ne t’affole pas, se dit-il, ce n’est qu’un enfant, il ne peut pas te faire de mal mais il a besoin de secours. » Trouvant le temps long, Odilon se plaignit : « J’ai froid et j’ai faim. Est-ce que vous pouvez me réchauffer dans votre maison et me donner à manger ? »

Le zèbre emmena Odilon dans sa cabane, prit une couverture et l’enroula dedans. « Je vais te préparer à manger, reste ici et attends. Il faut que j’aille chercher des vers de terre. Je n’en ai plus. » Odilon protesta : « Non, moi je veux manger des œufs ! »

Pendant ce temps, sa soeur qui avait envie de jouer, l’attendait, l’attendait, l’attendait. Elle alla voir s’il était bien dans la maison et elle vit qu’il n’y avait personne. « Je ne sais pas où il est parti ni quel chemin il a pris. Je vais prendre un chemin au hasard et je suis sûre que je vais le retrouver. » Elle arriva devant un grand arbre où des enfants s’accrochaient aux branches. Elle leur demanda : « Est-ce que vous avez vu passer mon frère ? 

– Comment il est ?

– Il est vert avec des taches noires et vertes. Il est long et grand et il a six ans.

– J’en ai vu un qui lui ressemblait et il allait par ce chemin.

– Merci, à tout à l’heure si je retrouve mon grand frère. »

Elle était encore petite et se fatigua vite. Elle ne put faire autant de chemin que son frère. Et puis, elle avait faim. Elle s’endormit au pied d’un arbre qui ressemblait à celui où s’était arrêté son frère mais qui se trouvait bien avant. Elle fut réveillée par des bruits de foule. C’était des animaux qui fuyaient un chasseur. Le chasseur arriva derrière eux. C’était le fermier qui chassait un renard qui avait mangé une de ses poules. Odilette vit un drôle d’animal debout sur ses deux pattes, très haut au-dessus d’elle. Elle se dit : « Quel est cet animal avec un peu de poil, debout sur ses pattes et qui ne ressemble pas du tout à un crocodile ? » Le fermier la vit aussi : « Encore un crocodile qui veut manger des œufs », se dit-il. Il parla : « Est-ce que tu es l’enfant du crocodile à rayures ?» La petite répondit : « Je ne sais pas de qui vous parlez. » Le fermier reprit : « Il a des taches et des rayures de toutes les couleurs. » Alors elle se rappela que son père lui avait montré ses rayures et répondit « Oui »

– Qu’est-ce que tu fais dans la forêt ?

– Au début, je voulais chercher mon frère. Je me suis perdue, je me suis endormie et maintenant j’ai faim. Je veux manger des œufs. »

Le fermier (dans sa tête) : « Je ne vais pas lui donner des œufs, c’est trop risqué… Oh ! puis, je lui en donnerai peut-être. Je verrai. » Il l’emmena dans sa maison et lui donna à manger du foin. Odilette mangea le foin : « Merci ! mais j’ai encore faim. Est-ce que vous pouvez me donner des œufs ? » Le fermier réfléchit : « Où sont tes parents ?

– Ils sont partis chercher des mulots et je ne sais pas quelle direction ils ont prise. »

En entendant parler de mulot, le fermier eut une idée : « Je te donnerai des œufs lorsque tu auras mangé plusieurs des mulots qui croquent les pommes du grenier. Les œufs, ce sera ton dessert. » Odilette accepta et elle commença à chercher des mulots. Elle en trouva un qui était dans la ferme et l’avala en entier. Elle en trouva un deuxième qui était, cette fois-ci, dans la cave. Le troisième dans la cuisine et le quatrième dans le jardin potager. Elle revint vers le fermier. « J’en ai trouvé quatre. Est-ce que maintenant je peux avoir des œufs ?» Et le fermier lui en donna deux : « Maintenant, tu ne dois plus avoir faim. » Elle en mangea un cru et elle trouva que c’était moyen. « Vous qui trouvez ça bon, vous le mangez comment ?

– Je le cuis.

– Vous pouvez m’en cuire un pour que je voie quel goût ça a ? » Et là, elle le trouva bon. « Est-ce que je peux dormir la nuit chez vous, s’il vous plaît ?

– Oui, si tu dors dans la cave.

– Bon, d’accord de toute façon, je suis très fatiguée. »

Durant la nuit, elle ne put dormir et sortit de la cave par un trou, alla au poulailler et mangea trois œufs. Elle ne put retourner ensuite dans la cave et le fermier la trouva dehors assise près du poulailler et tremblant de froid. « Ah non ! tu ne dormiras plus jamais chez moi. Et maintenant, tu es malade parce que tu as trop mangé. Comment vas-tu rentrer chez toi ? »

Il la chargea dans sa camionnette puis partit dans la forêt à la recherche du crocodile à rayures. En chemin, il écouta la radio et, à la fin de l’émission, une dame annonça la disparition de Odilon et Odilette : elle demandait que ceux qui les trouveraient les ramènent à l’ adresse qu’elle donnait. Après avoir demandé son chemin plusieurs fois, il arriva à la maison d’Odilette et d’Odilon…

A leur retour, papa et maman Crocodile avaient cherché leurs enfants dans toute la maison et ne les avaient pas trouvés. Ils cherchèrent aussi dehors, appelèrent. « Où ont-ils bien pu partir tous les deux ? », se demandaient-ils en regardant les chemins qui partaient de leur maison. La maman dit alors : « Je sais, c’est par ce chemin-là, qu’ils sont passés. » Comme Crocodile pensait que c’était par l’autre chemin, ils firent la ploume et c’est la maman qui gagna. Ils suivirent le chemin un moment et trouvèrent l’arbre aux enfants. « Qu’est-ce que vous venez faire à l’arbre aux enfants ?», demanda l’un d’entre eux qui avaient peur de ces gros animaux. Crocodilette répondit qu’elle cherchait ses enfants. « Repartez d’où vous venez, nous n’avons vu personne. » Ils repartirent chez eux et Crocodile décida que sa femme allait rester là pendant qu’il irait à la radio demander que l’on fasse passer un message pour signaler la disparition de ses enfants…

Le fermier toqua à la porte. Crocodile vint lui ouvrir et reconnut le fermier. Il eut peur pour ses enfants. « Je ne veux pas que vous fassiez du mal à mes enfants. » Alors sa fille sortit de la camionnette. « Oh ! ma fille, tu es revenue. Comment pouvais-tu être avec ce fermier ? » « Je l’ai trouvé. Il faisait la chasse. Il m’a donné à manger. » Le crocodile remercia le fermier, demanda qu’il lui pardonne ce qu’il lui avait fait et se réconcilia avec lui.

Crocodilette, intriguée par le bruit, passa la tête par la porte de la salle-à-manger, vit sa fille et se mit en colère : « Où étais-tu ? Avec ton père, je t’ai cherchée partout. » « Heu ! Heu ! J’ai été cherché mon frère. Je ne l’ai pas trouvé, et après le fermier m’a trouvé, et j’ai voulu manger des oeufs »… 

Le zèbre arriva alors à bicyclette avec Odilon dans la remorque qui lui servait pour ses courses. Crocodile dit : « Aujourd’hui, je revois ceux avec qui j’ai été méchant et je revois aussi mes enfants. » Il invita ses nouveaux amis à un grand repas. Odilon et Odilette se racontèrent leurs aventures et Odilon se fâcha parce qu’Odilette avait goûté aux œufs alors qu’il n’avait mangé que des vers de terre.

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